La gravure n’est pas un médium sage. Iris Miranda le prouve.
Depuis dix ans, elle creuse le bois, attaque le métal, imprime la matière comme on imprime une peau. Au départ, des planches presque naturalistes. Des insectes, des végétaux, des textures scrutées avec précision. On croit voir une fascination pour l’histoire naturelle. En réalité, quelque chose déraille. Les formes prolifèrent. Les ombres gagnent. La nature devient trouble. Pas décorative. Pas illustrative. Vivante, organique, presque inquiétante.
Puis le corps entre en scène. Non pas comme figure classique, mais comme territoire. Humus, membrane, surface poreuse. Les silhouettes se dissolvent dans des réseaux végétaux. Intérieur et extérieur se confondent. Le charnel rejoint le métaphysique. La gravure devient un acte de friction : creuser, entailler, faire surgir. Ici, l’artiste radicalise le geste.Des visages gravés dans le bois, frontaux, sans échappatoire. Des masques qui regardent autant qu’ils sont regardés.
ABBAYE DE FLARAN Du 11 avril au 14 juin 2026 Abbaye de Flaran, 32310 Valence-sur-Baïse
Vous êtes observés. Pas par une caméra de surveillance. Par une œuvre qui vous répond. Ici, le trouble règne en maître. Certaines œuvres donnent la parole à des intelligences artificielles qui s’adressent à nous avec une étrange familiarité. D’autres transforment des images intimes en données exploitables, des récits personnels en protocoles. Le malaise ne vient pas d’un discours, mais d’une reconnaissance immédiate : ces situations, on les connaît.
Ils ont sauté avant de savoir voler. Avant les avions, avant les moteurs fiables, avant l’industrie, il y a ce moment précis : celui où l’on quitte le sol sans certitude de revenir entier. À Saint-Cloud, à la fin du XIXᵉ siècle, des femmes et des hommes montent dans des ballons, des dirigeables bricolés, des machines fragiles.